En cas de fatigue, faites l’ours!

Récemment j’ai eu une conversation avec Olivier Colot (si vous ne connaissez pas Olivier: allez voir son site et écoutez sa musique!) par rapport au travail de la flûte traversière lorsque la fatigue a gagné les bras. Pour de diverses raisons, par exemple trop de sport la veille, ou fatigue générale, on peut avoir mal au bras ou au dos, et l’instrument n’étant pas des plus ergonomiques on peut avoir du mal à continuer sa pratique quotidienne sans ressentir de douleurs.

Il y a plusieurs choses qu’il est possible de faire :

La « solution rapide » est celle qui vient à l’esprit tout de suite: soulager momentanément les bras en créant un support. Lorsque j’étudiais un Conservatoire de Liège, ma professeure m’a suggéré de poser les coudes sur une table ou un bureau.

Une autre solution inspirée de Chris Potter est de poser le bout de la flûte sur un pupitre retourné. Je conseille cela en général pour la flûte basse lorsqu’on a besoin d’une aide supplémentaire mais aux grands maux les grands moyens!

Tout cela concerne évidemment la catégorie « quick fix » : une solution rapide à un bobo ou une fatigue passagère. Si le mal persiste, recherchez une assistance médicale appropriée.

La solution « travail du son » : ne pas insister sur le travail de technique de vitesse : ce n’est peut-être pas le jour indiqué pour faire la course contre le métronome dans vos Moyses. Mon conseil est plutôt se concentrer sur le travail du son et en particulier sur la résonance.

  1. Écoute en pleine conscience Écoutez plus attentivement que d’habitude le résultat sonore de vos notes : comment se propagent-elles dans la pièce, quelle est la durée de l’écho? Quelle couleur ou quelle degré de chaleur pourriez-vous y associer?
  2. Check-up Faites un check-up des parties du corps jouant un rôle clé dans la conduite de la résonance. Le but est de soutenir la colonne d’air sans qu’elle soit « cassée ». L’intérieur de la bouche est-il spacieux? Le cou est-il libre? Les épaules sont-elles basses? Le diaphragme peut-il accomplir son travail sans encombre? Le genoux sont-ils libres? Après ce check-up essayez de vous sentir comme un ressort: souple, donnant la possibilité à chaque membre de bouger sans contrainte.
  3. Faites l’ours! 🙂 Ce truc est inspiré par Shanna Pranaitis , il convient super bien pour travailler les multiphoniques, mais le son classique ne s’en porte que mieux! L’idée est que grâce à l’imitation du grognement de l’ours, on puisse ressentir l’espace de résonance dans sa cage thoracique. C’est très pratique : plus on a créé de l’espace, plus le grognement est réussi! Essayez ensuite de garder cet espace en jouant et en travaillant votre son.

La technique Alexander

à Bruxelles je conseille Julie Vander Poorten

http://www.aefmat.be/nl/location/vander-poorten-julie/

Lors de mon dernier projet de recherche de master je me suis penchée sur la problématique de l’ « interprétation durable » (sustainable performance) du répertoire contemporain répétitif pour flûte solo. Après être passée par des périodes récurrentes de tendinite, j’ai voulu trouver des solutions à ces douleurs. Pour cette recherche j’ai choisi l’angle d’approche de la Technique Alexander https://www.aefmat.be/fr/

Je me suis donc lancée dans une étude de cas auto-ethnographique mêlant lecture, pratique intensive, journal de bord des sensations et beaucoup, beaucoup de séances de Technique Alexander. Une exploration qui s’est avérée être pour moi bien plus qu’un travail théorique pour un cours, ou un moyen d’améliorer ma technique instrumentale. J’ai vécu une expérience transformante de reconnexion avec mon propre corps, expérience qui a engendré un long processus de remise en question des à priori que je portais en moi en que j’incarnais, tant dans ma vie que sur scène.

Et la raison pour laquelle je vous en parle ici est que cela m’a évidemment permis de cerner les sources de la douleur et même d’élaborer une sorte de liste « check-up » personnelle, un peu comme des exercices mentaux si on veut, mais dans une approche beaucoup plus globale et renseignée. Donc, si vous devez régulièrement faire face à la douleur dans votre pratique instrumentale, peut-être en poussant la porte d’un praticien de Technique Alexander vous trouverez des réponses. Ou, comme moi, bien plus encore 🙂